Les actus à découvrir dans le journal de la Vallée

Cette Europe, nous devons nous en mêler

L’indifférence aux élections européennes est un abandon dans lequel chacun est responsable.

Ce dimanche, les élections européennes devraient être l’occasion, une fois encore, de réaffirmer nos valeurs. Non pas de vagues valeurs floues qui ressemblent à du blabla. Non, des valeurs qui se sont forgées, ici, par la volonté d’habitants que nous pouvons croiser tous les jours.

C’est un peu fort, en effet, de faire des mots d’esprit sur les supposés "technocrates de Bruxelles". Comme si nous ignorions que des dizaines de paysans locaux, de ceux-là mêmes dont nous ne cessons de réclamer le maintien, reçoivent, mois après mois, des soutiens européens sans lesquels - il n’y a pas le moindre doute- nous serions un désert agricole.

NOUS NOUS SOMMES BATTUS POUR ELLE

Comme si nous ignorions que, dans la seule toute petite région où nous nous trouvons (exactement dans les deux communautés de communes qui courent du Rhône à Vercheny), par l’intermédiaire du programme européen Leader, plus de soixante-dix projets de groupes divers qui font le dynamisme local ont bénéficié de subsides européens.

Comme si nous ignorions qu’invariablement, dans des réunions publiques où l’on débat de l’avenir de nos communes, nous avons à droite un voisin allemand, à gauche un hollandais qui prennent, l’un comme l’autre, leur part de l’organisation de telle ou telle manifestation.

Comme si nous ignorions que ces chefs de la Résistance, si présente chez nous et que nous honorons solennellement devant les monuments aux morts dans des occasions rituelles, voulaient précisément une Europe épargnée de l’horrible conflit où ils ont joué un rôle. Ce n’est pas du lointain Jean Monnet, de De Gaulle, de de Gasperi ou d’Adenauer qu’il est ici question, ces hommes dont nous ne savons pas grand chose. C’est de Benezech, du commandant Pons ou de Lassus, tous chefs locaux de la Résistance.

LA FAUTE À BRUXELLES, C’EST TELLEMENT COMMODE

Plus généralement, comme si nous ignorions que toutes les décisions européennes significatives sont prises à l’unanimité, c’est-à-dire que si elles ne nous plaisent pas, ce n’est pas "la faute à Bruxelles", c’est tout autant la faute particulière de chaque gouvernement national. C’est un peu facile de rejeter sur une capitale lointaine - ah ! quelle chance qu’elle paraisse bien loin cette malheureuse capitale belge ! C’est tellement commode !

L’Europe est ce que l’ont fait des taux d’abstention indécents. Elle s’est faite de l’indifférence de tous ceux qui disaient : « ils n’ont qu’à régler le problème là-bas ». Il est bien certain que lorsqu’on s’en lave les mains, il ne reste, quelques années plus tard, que les yeux pour pleurer.

Savez-vous pourquoi tous les partis extrêmes se passionnent pour ces élections ? Parce qu’ils spéculent sur cette abstention massive qui, mathématiquement, leur offrira une surreprésentation à laquelle, lors des autres scrutins, ils ne pourraient rêver.

LORSQU’ON SE TAIT, C’EST POUR TOUJOURS

Il faut dire l’Europe que nous voulons et donc il faut voter. On ne peut pas à la fois trouver super sympa le Portugais d’à-côté qui s’est marié à une Française et qui nous passe sa recette de morue et se désintéresser du cadre légal qui lui a permis de s’installer chez nous. Parce que se comporter ainsi, c’est s’interdire de dire son mot lorsqu’interviendront des affaires autrement sérieuses.

Si on se tait aujourd’hui, demain il faudra se taire aussi. En dehors de l’indifférence, il y a le nationalisme qui est l’habillage supposé présentable du repli sur soi, de l’égoïsme et de la fermeture. C’est-à-dire à peu près l’exact contraire de ce qui anime l’esprit de cette région.

Ce n’est pas à l’Europe qu’il faut être fidèle, c’est à nous.

Jacques Mouriquand

Billet paru dans Le Crestois du 24 mai 2019

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