Les actus à découvrir dans le journal de la Vallée

L’homme qui (c)rayonnait

Fabien Lacaf, le dessinateur de Piégros-la-Clastre, a perdu la vie dans un accident de moto, dimanche 9 juin.

D’abord, il y avait le grand et beau gars. Fabien Lacaf avait une belle carrure, un visage souriant. Il parlait et riait fort d’une belle voix grave. Il respirait la bonne humeur et, de fait, ne boudait pas les moments d’amitié, les rencontres avec d’innombrables bandes de copains que ce soit dans son milieu de la bande dessinée ou dans notre région.

Il formait avec Nelly, son épouse, un couple formidablement fusionnel et les rencontrer tous les deux était un moment de réjouissance. Farceur, il avait baptisé la clairière où se trouvait sa maison à Piégros La Clastre, "place du Colonel Fabien" (du nom de la place où se trouve le siège du Parti Communiste à Paris) dont il avait volé la plaque.

On doit malheureusement aussi évoquer sa moto, cette saleté de moto qui nous l’a enlevé, parce que tous ceux qui lui étaient familiers se souviennent de lui comme chevauchant un destrier, comme les chevaliers de jadis auxquels, du reste, il ressemblait.

Dans sa maison de Piégros, dans un petit coin plutôt resserré sous une fenêtre qui lui donnait la lumière, il dessinait. Il prétendait s’y être mis parce que, formé comme archéologue, il en avait assez que le patron de ses débuts lui vole les résultats de ses recherches. Or, comme beaucoup d’archéologues, il avait le crayon habile puisque, dans cette profession, il faut souvent reproduire sur papier des éléments de ce que l’on a découvert.

Son oeuvre, à laquelle fut associée très largement Nelly Moriquand, son épouse, est considérable. Elle concerne autant les bandes dessinées, souvent historiques que les storyboard - c’est à dire ces découpages du récit d’un film en images, en permettant ainsi, sa réalisation. Elle nous donne une mesure de ceux qui avaient su voir son talent. Pour ce qui concerne le cinéma, ont ainsi fait appel à lui: Jean-Paul Rappeneau (Le Hussard sur le toit), Chantal Akerman (Un Divan à New York), Alexandre Arcady (K), Jean- Marie Poiré (Les Visiteurs), Claude Zidi (Astérix et Obélix contre César), Gérard Lauzier (Le Fils du Français), Francis Veber (L’Emmerdeur) ou Gérard Jugnot (Rose et Noir).

Mais, bien sûr et avant tout il y avait la bande dessinée. Là encore, la notoriété des titres spécialisés (Charlie Mensuel, Métal Hurlant) est éloquente quant à la reconnaissance dont il jouissait. Il faut ajouter tous les albums, en un ou plusieurs tomes: Les Patriotes, sur un récit signé de Frank Giroud, la série policière Macadam, publiée dans la collection "Bulle noire", La Traque, etc. La liste est ici bien incomplète.

On se souvient du prix de la meilleure bande dessinée sur la montagne en 2015, "La fiancée du Queyras", primé au 25e salon international du livre de Montagne. « C'est la construction du récit, la qualité de la recherche historique et la maîtrise picturale du couple drômois qui emportèrent la décision ».

Dans la vraie vie, c'était un voisin discret, qui promenait le long des chemins, le regard porté sur la nature. Toujours aussi rieur et plein d'imagination, il aimait apporter son art au service des causes locales. Récemment, il proposait un dessin de Saint-Sauveur-en-Diois suite à la rencontre sympathique avec un habitant. C'était tout lui, être là où ne l'attend pas, là où son dessin peut parler.

L'avalanche de témoignages d'amis sur les réseaux sociaux dès l'annonce de son décès a donné une mesure des liens qu'il savait tisser. Au Crestois, nous n'oublions pas ses arrivées dans la rédaction, casqué et botté, répandant la bonne humeur, photocopiant des récits en cours de conception.

Comme tant d'autres, nous avons perdu un ami et nous adressons toute notre sympathie à son épouse et ses deux filles.

La rédaction du Crestois

Article paru dans Le Crestois du 14 juin 2019

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