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La gilet jaune passera en correctionnel

Le parquet de Valence a requis 4 mois d'emprisonnement avec sursis contre la Crestoise qui a refusé cette peine.

Ç'aurait pu être une journée comme les autres, au Tribunal de Grande Instance de Valence. Le lundi 30 septembre, une foule de petits délinquants se succèdent à la barre, face à la vice-présidente du tribunal, Patricia Collange-Brinon. Consommation ou trafic de stupéfiant, vol, recel, menace de mort, conduite en état alcoolique... La petite salle Jean Thérond accueille ce lundi des audiences de "comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité", un dispositif qui permet au procureur de proposer des peines d'amende ou d'emprisonnement pour des délits ''mineurs'', sans passer par la case procès.

Aux alentours de quinze heures, la salle se remplit. Daniel, un jeune Montilien de 33 ans, s'approche timidement de la juge. Il est accusé d'avoir conduit sous l'emprise de l'alcool et se trouve en situation de récidive, une circonstance aggravante. Le parquet a requis contre lui trois mois d'emprisonnement avec sursis. Daniel accepte sa peine. Le silence revient dans la salle, pendant que la greffière et la juge se replongent dans leurs dossiers.

Un murmure traverse l'auditoire lorsque la présidente appelle à la barre Sylvie Moulin-Saint-Cierge. Vêtue de jaune depuis les baskets jusqu'au bandana, la Crestoise s'approche de la juge. La présidente lui rappelle qu'elle est accusée « d'entrave à la circulation » et d'avoir « outragé monsieur Moutouh Hugues, préfet de la Drôme », en déclarant, le 12 mars 2019, à Valence : « Il est où le nouveau préfet ? Dès que je le verrai, je lui jetterai de la merde plein la figure. »

Le parquet a requis une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis contre cette figure des gilets jaunes, bien connue sur les ronds-points drômois. Sylvie Moulin-Saint-Cierge est prête à accepter la peine, mais demande à la présidente s'il est possible de ne pas l'inscrire à son casier judiciaire, jusqu'alors vierge. Cette agente des services hospitaliers craint de rencontrer des difficultés en cas de future recherche d'emploi.

La présidente lui explique alors que, dans ce type d'audience, le juge ne peut que valider la peine ou proposer au prévenu de la refuser, pour être rejuger ultérieurement. Après une brève discussion avec son avocate, Sylvie annonce à la présidente : « Je refuse la peine », avant de lancer un regard furtif à ses soutiens, présents en nombre dans la salle. L'audience est levée...

« Quatre mois avec sursis pour un casier vierge, ça fait beaucoup, surtout pour ce genre de fait », s'étonne maître Séverine Cungs, l'avocate de la gilet jaune. « Juste avant moi, le jeune a pris trois mois avec sursis pour conduite en état d'ivresse, en récidive... Ce que j'ai fait serait donc plus grave ? Mais moi, je n'ai risqué la vie de personne ! » s'indigne Sylvie. « C'est deux poids, deux mesures », abonde un de ses soutiens.

À la sortie du tribunal, une cinquantaine de personnes acclament Sylvie Moulin-Saint Cierge, l'applaudissant à tout rompre et entonnant à pleins poumons les slogans qui ont marqué les manifestations des gilets jaunes, depuis l'automne dernier. Parmi eux, de nombreux Crestois, mais aussi des Valentinois, des Étoiliens, et d'autres militants venus des quatre coins du département...

La prochaine audience, qui se tiendra cette fois-ci devant le tribunal correctionnel, ne devrait pas avoir lieu avant 2020.

Martin Chouraqui

Article paru dans Le Crestois du 4 octobre 2019

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