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Aux confins du confinement…

La Chronique de Vincent Meyer du 24 mars 2020.

La France est à l’arrêt. Les gilets jaunes en ont rêvé. Le virus l’a fait. Ils ont obtenu presque 20 milliards d’euros. Le virus mobilise déjà bien davantage. Un virus égalitaire qui touche les riches et les pauvres, les humbles et les puissants… Le pays est un champ de mines. Le danger est invisible. L’ami devient suspect. Il porte, peut-être, une bombe microbienne invisible qui sera actionnée à son insu. Chacun avance masqué et s’écarte au passage de l’autre. C’est Halloween en mars. Les rues sont quasi désertes et peu chaleureuses. Le printemps est là, mais le gel est partout. Chômage partiel, télé travail ou congés forcés, de nombreuses personnes sont payées pour rester chez elles et elles risquent une amende en mettant le nez dehors. La réalité dépasse la fiction…

Nous sommes assignés à résidence. Un, deux, trois, soleil. Chacun s’immobilise sur un point fixe,… cependant que le monde tremble. Nous avons envie de sortir et nous devons nous retenir. Ulysse avait choisi de se faire attacher au mat pour résister au chant des sirènes… L’invasion mondiale se poursuit. Des extraterrestres ? En tous cas, personne ne les a invités. Les petits bonhommes verts sont vraiment tout petits. Ils font la moitié d’un micron. Cet ennemi est donc invisible. J’aurais préféré Godzilla ou King Kong. Mais nous n’avons pas le choix. Pour nous sauver collectivement, nous devons nous isoler. La solidarité passe par le confinement. Ma carte bancaire est sans contact. Moi aussi. Qui aurait cru qu’un jour la solidarité aurait à s’exprimer par la mise à distance ?

Heureusement, nous avons encore l’électricité et les réseaux radio, téléphone et internet. Pourvu que ça dure. Le téléphone sonne, whattsapp est en surchauffe, les messageries sont pleines, le web grouille de sollicitations diverses… Tant mieux. La communication est en ébullition. Prendre et donner des nouvelles, rassurer, échanger des informations (et parfois malheureusement des fake news !), partager des recommandations, dénoncer les profiteurs avides et les politiciens à la langue fourchue. Et accompagner les proches, les voisins, les personnes âgées ou précaires dans cette traversée délicate. La solidarité trouve un chemin original pour s’exercer. L’humour n’est pas en reste. Chacun inaugure, souvent dans la légèreté, une façon différente de communiquer. Par-delà l’espace et la distance, les liens se resserrent. Il se crée une nouvelle proximité, une proximité de cœur.

Chacun perçoit, déjà, que plus rien ne sera désormais comme avant. Certes, on va boire le calice jusqu’à la lie, car quand le vin est tiré il faut le boire. Mais, comme dirait l’adjudant Kronemboug, il ne faut pas confondre la Corona et la Mort Subite ! La mise en bière n’est pas une fatalité. Nous sommes au milieu du gué, mais nous allons atteindre l’autre rive. Au passage, certes, nous nous serons mouillés et il faudra résister au courant pour ne pas se laisser emporter. Nous ressortirons plus propres, lavés d’illusions vaines, de préoccupations futiles, de désirs égoïstes. Nous aurons lavé nos aspirations, essoré nos projets, nettoyé nos vies. Retour à l’essentiel. L’ombre de la mort nous aura effleurés. Nous pourrons sortir du tabou de notre finitude la tête haute. Une bonne occasion pour anticiper notre fin de vie et nous préparer à vivre au mieux ce qui nous reste à vivre. La rédaction des « directives anticipées », prévue par la loi Léonetti Claeys de 2016, ouvre justement la possibilité de formuler ses souhaits pour une fin de vie paisible et digne. Puisque mourir un jour n’est plus une option, autant limiter le stress et la souffrance, pour soi et pour ses proches.

Mais pour l’heure, il nous faut nous débarrasser de ce virus. Dans la mythologie grecque, la première femme n’est pas Eve mais Pandora. Prométhée avait enfermé tous les malheurs du monde et toutes les maladies dans une grande jarre. Quand, poussée par la curiosité et bravant l’interdit, Pandora souleva le couvercle de la jarre, l’humanité rencontra son destin et, depuis lors, cherche son chemin, parmi les misères, entre le bien et le mal : ce fut comme une sortie du jardin d’Eden. On croyait avoir tout vu, mais avec le temps le couvercle de la jarre s’est fissuré. Tout au fond, il y avait Covid-19 ! Mais, le mythe est formel sur ce point, il y avait également l’espérance ! Faisons donc fi de ces mythologies machistes. Tout au contraire, construisons le nouveau monde en nous appuyant sur les valeurs féminines.

La nature peut se passer de nous. Réconcilions-nous avec elle. Cessons de lui infliger d’infâmes pollutions et d’absurdes génocides d’espèces animales. Il y a quelques semaines encore, il restait un unique couple au monde de girafes blanches avec un girafon. Au Kenya, des braconniers ont tué la mère et le petit. Cette espèce n’a plus qu’un représentant. Un mâle. Le pauvre, sait-il que c’en est fini de son espèce ? Notre espèce à nous, l’espèce humaine, est abondante et populeuse, mais nous savons désormais que cela peut changer très vite. La roche Tarpéienne est proche du Capitole. L’urgence est de tout faire pour préserver la vie humaine. Mais imaginons, dès maintenant, des solutions durables pour l’humanité. Nous savons désormais qu’elles ne peuvent passer que par la solidarité. Notre survie d’espèce passe par celle des autres espèces. Notre survie personnelle passe, aujourd’hui, par celle des autres…

Vincent Meyer

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