Les actus à découvrir dans le journal de la Vallée

                 

En haut du pic, le point de bascule…

"Transitions", la Chronique de Vincent Meyer du 30 mars 2020.

« À long terme, nous sommes tous morts» disait Keynes. L’homme est un être mortel. Ce n’est pas nouveau. L’ignorions-nous ? En France, il y a environ 600 000 morts par an. Dont environ la moitié à cause du cancer. Et dans le monde, il y a, chaque année, environ 3 millions de morts pour insuffisance respiratoire, 9 millions de morts du fait de la pollution, et 9 millions de morts… de faim ! Cela relativise. Statistiquement, ce n’est pas le corona virus qui tue : ce sont les pathologies chroniques qui rendent l’infection fatale à certains patients, le plus souvent âgés, déjà lourdement touchés par les maladies de civilisation. D’ailleurs il semble que la charge virale diminue avec la détresse respiratoire qu’elle a engendrée. L’infection épargne, la plupart du temps, la vie des personnes en bonne santé. Il est admis, maintenant, que la plupart des personnes infectées ne présentent aucun symptôme. Le nombre de personnes concernées serait 10 fois plus important que le nombre de personnes identifiées comme atteintes. Le taux de mortalité réel serait, en fait, proche de 0,3 %. L’absence de dépistage systématique empêche d’avoir une vision claire de la progression de l’épidémie. Et de libérer du confinement toutes les personnes désormais immunisées…

En Chine, il y a trois millions de morts chaque année à cause de la pollution, soit environ 8000 par jour. L’arrêt de multiples activités industrielles dans Wuhan a eu un effet direct visible : les habitants ont découvert que le ciel pouvait être bleu ! La pollution a subi, d’un coup, une grande purge. En quelques jours, le gain de vies du fait de la diminution de la pollution a dépassé largement le nombre de morts par Corona… Nous n’avons pas su anticiper, et pour cause, l’épidémie, mais nous avons, par contre, toutes les informations utiles pour anticiper les terribles effondrements vers lesquels nous allons à court terme si nous ne changeons pas radicalement nos modes de production et de consommation, notre rapport à la nature, nos organisations sociétales.

Notre système de santé a été pris au dépourvu. De fait, c’est plutôt une industrie de la maladie. Elle fonctionne à flux tendu dans la dépendance funeste de fournisseurs étrangers. Cela fait une sacrée différence. Dommage, d’avoir, depuis des années, fait fi de la prévention, du principe de précaution, d’avoir géré l’hôpital comme une entreprise à rentabiliser, d’avoir ignoré les risques sanitaires liés à notre sédentarité, à notre alimentation industrielle et à notre exposition permanente à la pollution ! Il faudra en tirer les leçons. Appliquons strictement les consignes, car il faut absolument que notre dispositif renforcé de soins intensifs parvienne à traiter correctement tous les cas graves. Mais sortons de l’hallucination collective entretenue par les média qui vendent la peur pour engranger les bénéfices de la publicité.

Et prenons notre santé en main dès aujourd’hui. Alimentation saine, contact avec la nature, temps de calme et de contemplation, exercices physiques. Arrêtons de passer des heures devant les écrans en position assise au risque de problèmes articulaires. N’imaginons pas dompter l’épidémie par l’envoi compulsif tous azimuts de commentaires, de videos, de recettes miracles, de guides de survie. Evitons de nourrir l’angoisse ambiante, d’alimenter les serveurs avides d’énergie électrique et de risquer la saturation des réseaux.

Le virus, lui ne meurt pas. Il cesse de contaminer quand il rencontre l’immunité. Nous sortirons donc durablement de l’épidémie par l’atteinte d’un taux suffisant d’immunité grégaire. Le confinement ne règle pas tout, car une deuxième vague peut nous cueillir à la sortie si une proportion suffisante de la population n’a pas été atteinte et donc immunisée. Mais, entre-temps, la réponse sanitaire se sera consolidée, les moyens auront été renforcés, des traitements efficaces (chloroquine ou pas) seront devenus disponibles. L’essentiel à court terme est de sauver le maximum de vies. Mais cela ne doit pas empêcher, dès maintenant de préparer la suite.

Pour Nicolas Hulot, «Nous recevons une sorte d’ultimatum de la nature». Cet avertissement doit nous permettre de changer l’ordre des choses de façon radicale. Après le pic, le point de bascule. Comme l’économie sera à reconstruire et que cela va prendre du temps, autant en profiter pour repartir sur de nouvelles bases plutôt que nous précipiter à restaurer l’ordre ancien qui nous mènerait à nouveau vers d’immenses catastrophes. Gagnons du temps et définissons en, dès maintenant, les principes et les priorités. A propos, n’était-ce pas la mission de la Convention Citoyenne sur le Climat ? Quelqu’un a-t-il vu passer ses conclusions que Macron devait faire mettre en lois ou soumettre à referendum ?...

Vincent Meyer
Publié le 29 mars 2020

Cet article vous a plu? Alors donnez-nous un coup de pouce! cliquez ici
UA-22506836-1