AMAPE de Crest : le confinement avec les enfants

Pascal Dauvilliers, adjoint de direction à la maison d’accueil de Crest, témoigne de la situation de confinement avec les enfants :

Prendre soin des enfants placés en période confinement.

La Maison d’Accueil de Crest accueille trente enfants placés par l’Aide Sociale à l’Enfance de la Drôme dans le cadre de la Protection de l’Enfance. Vingt-quatre sont hébergés à la Maison d’Accueil de Crest, six sont suivis en appartements ou familles d’Accueil.

La pandémie que nous connaissons actuellement ne doit pas occulter les raisons pour lesquelles ces enfants et adolescents sont placés (maltraitance, carence éducatives graves…). Nous sommes tenus d'assurer la continuité du service rendu dans ces conditions particulières. Les enfants accueillis sont présents 24 h/24. Les écoles sont fermées et les droits de visites des parents ont été suspendus durant le confinement afin de limiter les déplacements des uns et des autres. Il nous a fallu réorganiser le service afin de maintenir l’accueil tout en minimisant les risques d’exposition au virus pour les enfants et les salariés.

L’ensemble du personnel s’est mobilisé dès le premier jour (éducateurs, maitresses de Maison, soutien scolaire, cuisiniers, veilleurs de nuits). Tous ont réadapté leurs horaires afin de traverser cette période le mieux possible avec les enfants. Les mesures barrières ont été mises en place dès le début pour le personnel et pour les enfants. Nous n’avons ni masque, ni gant au quotidien. Ceux-ci ne seront employés que si un enfant s’avérait positif au coronavirus, auquel cas, un protocole spécifique est prévu. Il est beaucoup mis l’accent sur le personnel sanitaire en cette période, et c’est normal. Le personnel en maison d’enfant à caractère social est aussi mis contribution H24 dans une autre forme de soin : prendre soin de l’autre. Pour nous, pas de télétravail possible !

Les journées sont occupées par des séances de scolarité en petits groupes à partir de ce que nous envoient les écoles, collèges ou lycées. Mais chaque enfant ne possède pas un ordinateur, nous n’en avons que quatre qu’ils doivent partager. Les éducateurs organisent des temps d’activités et de jeux partagés avec les enfants. Certains ont commencé à confectionner des masques suivant le tuto diffusé par le CHU de Grenoble (pour eux, mais aussi pour ceux qui en auraient besoin), d’autres répètent une pièce de théâtre qui sera présentée à la fin du confinement pour fêter ce moment. Les éducateurs sont très vigilants à la qualité de bien vivre ensemble tout en étant confiné.

Il nous faut également compenser, tant que faire se peut, l’arrêt de certains soins qui été prodigués à l’extérieur : psychothérapies, suivis particuliers, orthophonie. Pour certains enfants le confinement est difficilement supportable et peut s’exprimer par des crises, des angoisses. L’absence de câlin ou de bisou du soir avant d’aller se coucher est vécu douloureusement par les plus jeunes La psychologue de l’établissement reste présente auprès des enfants et apporte un soutien significatif visant à apaiser leurs angoisses.

Certains services restent joignables par téléphone comme la Maison des Adolescents à Valence. Merci aux personnes du bassin de vie crestois qui se sont manifestées pour nous apporter leur soutien (pour de la présence auprès des enfants, du soutien scolaire, des activités) que ce soit directement ou par l’intermédiaire du SEL. Cette disponibilité et ce témoignage de solidarité nous permet de nous sentir moins seuls et d’envisager la traversée de cette période difficile avec un peu plus de sérénité.

Réactions de jeunes face au confinement :

Jade : « J’espère que ça va être utile, mais c’est énervant de ne pas pouvoir faire ce que l’on veut. Ça va peut-être aider à faire moins de mortd et freiner le virus. Ça sert à ce que la maladie ne se propage pas trop vite et ça permet de laisser de la place dans les hôpitaux. A la Maison d’Accueil, je ne le vis pas très bien, c’est compliqué de vivre avec tout le monde, de devoir mettre des distances et de respecter les mesures barrières. Pour la scolarité, c’est compliqué et ce n’est pas assez personnalisé. Le contact avec les professeurs me manque et il y a trop de devoirs donnés d’un coup, je n’arrive pas à tout faire. Concernant ma famille, ça ne me dérange pas que les visites médiatisées soient suspendues. J’ai des contacts avec mes frères et sœurs par téléphone. Au bout d’une semaine de confinement, la pression monte, on est tous énervés ».

Iliann : « Le confinement, c’est dur alors que c’est que le début mais je comprends que c’est pour ne pas être en contact avec les autres pour que le virus ne se propage pas. A la maison d’Accueil ça va car nous avons un jardinet c’est moins compliqué que d’autres qui habitent en appartement. On fait des activités comme le théâtre ou des jeux, du roller, de la trottinette dans la cour. Pour la scolarité, je travaille avec Dalila (chargée de soutien scolaire), mais le contact avec les professeurs me manque. Mon père habite Lyon, je le contacte par téléphone »

Suivi à domicile

L’AMAPE suit également une cinquantaine d’enfants à domicile sur la vallée de la Drome entre Die et Loriol, dont le confinement à la maison dans des situations familiales déjà très fragiles, exacerbe les tensions internes et les risques de violence intra familiale. Un gros travail de contact quotidien par téléphone et "Whatsapp" permet de soutenir les parents aussi bien sur des questions pédagogiques que des difficultés matérielles ou des angoisses liées à des questions de santé. Nous limitons les déplacements au minimum mais il nous est parfois nécessaire d’intervenir au domicile pour garantir la sécurité des enfants.

Pascal Dauvilliers

Publié le 26 mars 2020

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