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La comtesse polonaise qui a assisté les résistants de notre région

Krystyna Skarbek était si audacieuse qu’elle inspira l’auteur de James Bond.

Le 14 juillet 1944, dans notre région entièrement soulevée dans l’espoir d’une libération prochaine, le plateau de Vassieux est survolé par une cohorte de supers forteresses qui larguent des conteneurs pleins d’armes et de munitions. Dans leur contenu on trouve aussi des cartouches de cigarettes sur lesquels des mains anonymes ont écrit: « Bravo les gars et vive la France ».

Parmi les Résistants qui défont ces arrivages se trouve une belle jeune femme de 36 ans que tous appellent Pauline Armand. En réalité, elle s’appelle Krystyna Skarbek. C'est une comtesse polonaise. Elle a fait preuve dans son pays d’une incroyable audace en organisant des filières d’évasion vers la Hongrie des soldats polonais faits prisonniers par les Allemands. Elle a été envoyée chez nous comme adjointe du chef d’un considérable réseau de résistance britannique, le réseau Buckmaster. Ce chef s’appelle Francis Cammaerts. Il aimera tant notre région qu’il s’y achètera une maison à Grâne où il passera une bonne partie de sa retraite.

DES AMITIÉS DANS LA RÉGION

L’un et l’autre se lieront à beaucoup de Résistants locaux dont ils faciliteront l’action en obtenant des parachutages d’armes de Londres. Ce fut particulièrement vrai avec le réseau du Capitaine Pons, bien connu dans la région. En outre, des amitiés privées vont les rapprocher de certains de nos compatriotes comme Jean et Sylviane Rey, Jean étant le fils de l’industriel crestois Emile Rey et un adjoint du commandant Pons.

Contraints de fuir le plateau de Vassieux après l’offensive allemande des 21 et 23 juillet, les deux membres de Buckmaster gagnent Digne.

Là, Krystyna Skarbek fait par deux fois preuve de son incroyable culot. La première fait suite à une réflexion qu’elle avait menée en apprenant que certains forts surveillant la frontière franco-italienne dans cette région sont tenus par des soldats polonais contraints et forcés. Elle gagne donc un de ces forts, se couvre d’un drapeau polonais et, utilisant un mégaphone, s’adresse aux soldats en polonais. Après leur avoir fait valoir que la guerre est perdue pour les Allemands puisque les troupes alliées sont en train de débarquer en Provence, elle obtient sans peine leur rédition et leur passage, avec armes et bagages, dans les rangs de la Résistance.

TÊTE À TÊTE AVEC LA GESTAPO

Hélas, au même moment, son patron, Francis Cammaerts, est arrêté lors d'un banal contrôle routier. De façon fort imprudente, il porte sur lui une importante somme évidemment destinée à la Résistance: les numéros des billets, fabriqués à Londres, se suivent ce qui n’arrive rigoureusement jamais à personne hormis aux espions distraits. Il est emmené à la Gestapo. La prison est inattaquable. Il ne reste à Krystyna qu’à se mettre directement en rapport, via un traducteur, avec les chefs de la Gestapo de Digne. Elle bluffe dans des proportions qu’aucun producteur de cinéma n’accepterait dans un scénario : « Je suis, leur dit-elle, la nièce du général Montgomery (premier bluff). Les Américains arrivent. Je peux faire en sorte que vous disparaissiez commodément ou au contraire que la Résistance vous fasse la peau. Vous détenez mon mari (deuxième bluff). Libérez le, lui et ses amis et j’arrange votre affaire ». Chose inouïe : le bluff marche. La nuit même, les alliés parachutent une rançon, témoignage de l’énorme importance de Francis Cammaerts pour les services action des Britanniques. Krystyna Skarbek aura de la Grande-Bretagne et de la France les plus hautes distinctions : la George Cross et la Croix de Guerre.

Malheureusement, sa fin n’est pas aussi glorieuse que ne l’a été sa vie de résistante. Dans un après-guerre qui ne lui a absolument pas offert les excitations qu’elle aime, elle éconduit un prétendant, probablement très perturbé qui l’assassine en 1952.

Curieusement cette femmes qui a passionné les écrivains britanniques est, hélas, trop peu connue chez nous.

Jacques Mouriquand


Krystyna Skarbek

Francis Cammaerts
au mémorial de Vassieux
Vidéos Val de Drôme vient de consacrer un documentaire à la jeune femme.
Voir la vidéo

En outre, l’auteur de ces lignes est en train d’écrire une biographie de Krystyna Skarbek à la demande d’un éditeur et est donc preneur de toute information qu’un de nos lecteurs pourrait avoir sur le sujet. Contact: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Publié le 22 avril 2020

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