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Jour blanc

Texte et photo de Luca Melcarne, chronique du 8 janvier 2021.

melcarne 8janv21

Après deux jours à skier dans le brouillard et les tempêtes de neige, j'arrive enfin sur un secteur favorable aux bouquetins. C’est ma deuxième nuit en cabane et mes affaires sont toutes congelées. Il est difficile d'enfiler mes gants, rigides comme du béton. Mais je n'ai pas le choix.

Cette troisième journée s'annonce plutôt bonne. Les conditions sont parfaites. Le brouillard est descendu en vallée et le paysage est immaculé d'un épais manteau blanc. Je scrute chaque rocher, chaque sapin, dans l'espoir de trouver un animal dans cet environnement. Il serait impossible de ne pas faire une belle image dans ces paysages-là... Aujourd'hui, la lumière est parfaite. Des nuages d'altitude filtrent la lumière et rendent la neige parfaitement blanche. Rares sont les jours où toutes les conditions sont aussi parfaites. Il faut savoir saisir ces occasions-là !

Rapidement je trouve des bouquetins dans les falaises. Il y a quelques gros mâles et plusieurs femelles. Les bouquetins entrent enfin en période de rut. Certaines étagnes (femelles des bouquetin) sont encore complètement recouvertes de neige, suite aux grosses chutes de la veille. L'ambiance est incroyable.

Les bouquetins tolèrent ma présence et m'acceptent. Ce sont en France les seuls grands animaux non chassés. Après avoir totalement disparu de France durant le XIXe siècle à cause de la chasse, c'est grâce au Parc National du Grand Paradis, en Italie, que plusieurs réintroductions pourront avoir lieu dans tout l'arc alpin et notamment dans le Vercors, au début des années 1990. Aujourd'hui les populations se portent bien et l'espèce est fort heureusement protégée et non chassable (car oui, une espèce peut avoir le statut d'espèce protégée mais peut-être chassable) !

Même si les bouquetins tolèrent ma présence à quelques mètres, je prends tout de même de grandes précautions pour ne pas les effrayer inutilement et pour ne pas tomber dans le ravin, juste en bas de moi. En hiver, le moindre de leur déplacement leur coûte beaucoup plus de calories que d'habitude. C'est pourquoi je prends mon temps et observe les comportements des animaux pour au mieux anticiper leurs déplacements.

J'observe cette étagne depuis un long moment et elle semble ne pas être décidée à bouger. Je me place donc dans un axe stratégique, pour avoir un avant plan et un fond tout blanc. Celle-ci étant encore recouverte de neige, l'image sera très monochrome et pure. Clic-clac, c'est dans la boîte. Je regarde mon boîtier pour être sûr de ne pas avoir fait d'erreur. L'image est bonne. Incroyable.

Après plusieurs heures assis à leurs côtés il faut malheureusement redescendre. Quelques heures de ski m'attendent avant d'arriver à ma voiture.

Luca Melcarne
www.lucamelacrne.com

Article publié dans Le Crestois du 8 janvier 2021

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