Le journalisme brûle et nous regardons ailleurs !
Tribune du 10 juillet 2026 de Louisette Gouverne.
Le 18 juin dernier, la majorité des syndicats de journalistes ont lancé un appel à la grève et à manifester, à Paris devant le ministère de la Culture, et ailleurs. Les plans sociaux qui se multiplient ces derniers mois dans la presse, où la concentration se poursuit, et l’entrée de l’intelligence artificielle générative (IAG) dans les rédactions qui modifie profondément le travail des journalistes justifient cette mobilisation. Les manifestants défendaient également la pluralité des médias, la liberté de l’information étant l’un des moteurs de la démocratie.
Les salariés de la presse souhaitaient alerter la population, le gouvernement et les parlementaires. Mais quel impact a eu leur mouvement ? Qui a en tête la suppression de mille emplois dans ce secteur depuis fin 2025 ? L’érosion des ventes de la presse papier, la chute des revenus publicitaires et un virage numérique difficile dans certains titres expliquent les difficultés économiques des dernières années. L’installation des réseaux sociaux dans nos vies laisse accroire que l’information est gratuite, et la méfiance vis-à-vis des médias a grandi. Notre consommation de l’information joue son rôle dans cette débâcle.
PSE DANS LA RÉGION
Depuis le 18 juin, un plan de suppression d’emplois renommé « plan de repositionnement » (!) a été annoncé au Dauphiné Libéré (groupe Ebra, détenu par le Crédit mutuel). Des postes dans les services techniques sont supprimés, ainsi que des postes d’éditeurs à la faveur de l’arrivée de l’intelligence artificielle avec des outils de « mise en page automatique », ou bien d’un assistant rédactionnel pour les rédacteurs et éditeurs proposant de nouvelles titrailles.
Les difficultés économiques et la précarisation des métiers de l’information touchent la plupart des médias. Cependant, nombre de syndicats évoquent la situation aux États-Unis où les journaux locaux en particulier ont presque disparu. Ils rappellent que « les déserts informationnels prospèrent là où les médias de proximité disparaissent » et où l’accès à une information vérifiée est difficile, conduisant les citoyens à faire davantage confiance aux algorithmes.
LE CRESTOIS RÉSISTE
Dans ce contexte, la situation du Val de Drôme détonne. Deux hebdomadaires locaux, le Journal du Diois et Le Crestois continuent à parier sur une information indépendante et faite par des humains ! Si leur modèle économique doit être conforté, ils tiennent le cap cependant et le lectorat du Crestois s’avère plutôt stable les dernières années. Les habitants du Val de Drôme ont-ils davantage conscience de l’importance d’une information indépendante et de qualité que dans d’autres régions ? Peut-être.
Dans les villes et dans les champs, pour que les journaux continuent à exister, lisez-les sur papier ou sur écran et pas seulement au café ou dans les médiathèques. Abonnez-vous. Contribuez aux tribunes, alertez les journalistes. Faites vivre l’information.
Louisette Gouverne
Tribune publiée dans Le Crestois du 10 juillet 2026
