Macron continue son double jeu

Tribune de Jean-Marc Durand, Secrétaire départemental du PCF Drôme.

Dans son allocution télévisée du lundi 13 avril, E. Macron a donné l’impression de la jouer profil bas mais cette attitude recèle une double ambiguïté. D’une part elle lui permet de se dédouaner à bon compte des retards et de l’insuffisance criante de notre système de santé dont sa politique est responsable. D’autre part son objectif est, en rassurant les Français, de recoller à l’opinion publique dont il sait qu’elle est très remontée. Pour faire bonne mesure, il n’a pas hésité à faire référence à des moments historiques fondateurs pour la France, la Révolution française et les « jours heureux » en clin d’œil au programme du conseil national de la Résistance.

Par contre, sur le fond, il n’a pas hésité à passer par-dessus l’avis de nombreux médecins et en particulier de l’INSERM qui préconisaient un dé-confinement fin mai, début juin car le risque est une seconde vague. Dans le même ordre d’idées, il a annoncé la réouverture des établissements scolaires à partir du 11 mai car il s’agit de libérer les parents pour les renvoyer au travail. Quant à sa position sur les masques et les tests, elle est proprement scandaleuse. Tout d’abord, les masques ne seront disponibles pour tout le monde que le 11 mai et rien n’est moins sûr. Ensuite annoncer des tests seulement pour les gens ayant des symptômes est tout simplement inadmissible, c’est même une provocation. Pourquoi ne pas tester toute la population alors qu’on sait qu’il y a des porteurs asymptomatiques et les médecins dans leur grande majorité disent que tester la population est le seul moyen de pouvoir s’organiser pour juguler cette épidémie et assurer un dé-confinement sécurisé. Les exemples de la Corée mais aussi de l’Allemagne en attestent.

Enfin, on remarquera quelques promesses vagues du style « on ne fera plus comme avant » sur fond de poursuite de l’appel à l’union sacrée. Il en a même appelé à la concorde nationale contre les idéologies. Le plus remarquable est qu’il s’est bien gardé de tous propos sur les enjeux économiques et financiers. Aujourd’hui je vous fais des promesses, je vous cajole. Demain je reviendrai devant vous pour vous indiquer à quelle sauce vous serez mangés. Et le double jeu se poursuit avec des propos soulignant le besoin de maîtrise nationale dans le domaine de l’industrie, du médical et de l’agriculture, au passage, sans annoncer un sous pour l’hôpital mais pour aussitôt nous parler de planification au niveau européen, question certes pas totalement incongrue, sauf qu’au cas d’espèce c’est pour pousser les feux du fédéralisme.

En ce lundi 13 avril face à la grave crise sanitaire du coronavirus, face à une situation profondément anxiogène pour la population, E Macron s’est simplement contenté de repousser les échéances sans présenter un vrai début de plan de sortie de crise. Ce n’est pas au peuple français de payer les pots cassés. Il souffre déjà suffisamment ! Des mesures précises doivent être prises pour assurer la totale sécurité des salariés qui travaillent et de ceux qui vont y retourner. Au plan économique et social il ne doit y avoir aucun licenciement, aucun dividende ne doit être versé en 2020. Des mesures fiscales doivent être prises : rétablissement de l’ISF, suppression de la Flat Tax sur les revenus financiers, moratoire sur la réduction du taux de l’IS. L’argent des banques mais aussi celui des assurances et des grands groupes doit être utilisé pour financer une relance réelle de l’économie : entreprises, agriculture, services publics dont un effort immédiat de 10 Milliards d’euros pour l’hôpital.

Les communistes avec leur parti, certes dans des conditions difficiles, doivent faire connaître haut et fort leurs exigences pour une issue humaine, efficace et pérenne à la situation sanitaire. Ils ont la responsabilité d’avancer avec lucidité et conviction une alternative de contenu radicale et réaliste pour résister à la grave crise financière et économique qui s’abat avec l’objectif d’engager au plus vite un dépassement réussi du capitalisme afin de mettre fin aux catastrophes humaines et environnementales qu’il ne cesse d’engendrer.

Jean-Marc Durand.
Membre du Conseil National du PCF
Et Secrétaire départemental du PCF Drôme

Publié le 14 avril 2020

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