Peau de lapin

Transitions, la chronique de Vincent Meyer du 12 février 2021.

Cette expression familière est pour moi comme une madeleine de Proust. Elle évoque ma prime enfance, les habillages du matin et les déshabillages du soir. Pyjama et pullover. Occasions rituelles d’un rapprochement physique avec ma maman, de rire complice, de contact furtif et tendre, de paroles affectueuses. « Haut les mains, et hop… peau de lapin ». Nostalgie.

« Dieu a donné un frère à l’espérance : il s’appelle le souvenir », disait Michel-Ange. J’avais dix ans quand, en vacances chez mon oncle viticulteur, je l’ai vu faire peau de lapin à … un lapin. Les jours précédents, j’avais découvert, émerveillé, les petits lapins en cage. Si mignons et au poil si doux. Tiré du clapier, l’animal, pendu par les oreilles, a d’abord eu droit au coup du lapin qui lui a brisé la nuque. Puis, derechef cloué sur la porte de la grange, il a été dépecé en cinq minutes. Une fois la peau entaillée avec précision aux emplacements utiles, mon oncle a retiré l’ensemble du pelage en tirant la fourrure vers le bas comme on enlèverait une combinaison moulante. Peau de lapin. J’ai réalisé subitement que le lapin avait disparu. Il ne restait plus que la viande. Une révélation dérangeante que je me suis empressé d’enfouir. Pour ne conserver, comme un doudou, que la douceur du souvenir de mes premières années.

La douceur est un bien précieux : une attitude attentionnée, un comportement bienveillant, la présence dans l’instant, la lenteur de l’action…

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Chronique publiée dans Le Crestois du 12 février 2021

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