Les actus à découvrir dans le journal de la Vallée

                

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

"Transitions", la Chronique de Vincent Meyer du 6 avril 2020.

Victor Hugo a mis en vers le premier confinement. Il a souligné ainsi qu’aucun confinement ne nous protège de notre conscience. Gagarine a ouvert la voie d’un confinement extraterrestre, à la fois restreint à une capsule et ouvert sur le cosmos. D’autres ont suivi jusqu’à marcher sur la lune. D’autres ont précédé. La tour de Crest se souvient des protestants qui refusaient de choisir entre l’émigration et l’abjuration, et aussi des révoltés de juin 1848 et de décembre 1851... D’autres encore confinent dans le silence des prisons. Dans certains couvents, on confine volontairement et à perpétuité.

Nous avons donc des références et l’humanité a accumulé de l’expérience. Mais ce que nous vivons aujourd’hui est une forme originale et mondiale de confinement. Nous sommes à la maison mais la porte est ouverte. Le danger est dehors. Ce n’est pas la peur du gendarme qui nous retient : ils sont bien visibles et débonnaires. Ils ne font qu’appliquer la consigne. Sortez couverts et attestés, et tout ira bien. Non, le danger c’est le virus, ce sniper invisible qui rode, vous suit, et vous aligne au détour d’un postillon ou d’une poignée de porte…

Le danger c’est aussi la peur. La peur insidieuse et irraisonnée qui nous fait prendre un risque, réel et mal renseigné, pour une certitude fatale sans précédent. Alors même que nous avons sous les yeux, au quotidien, la prégnance d’autres risques, avérés et bien renseignés, qui déciment la population : le cancer dont le tabac est un important pourvoyeur (72 000 morts) tout comme la pollution et la malbouffe, mais aussi Alzheimer, Parkinson, le diabète, les maladies cardiovasculaires… toutes affections bien corrélées avec notre mode de vie et notre exposition à des substances indésirables et délétères. Relativisons donc. Non pas pour alléger notre légitime vigilance quant au virus, mais pour prendre davantage conscience que nous devons changer radicalement le monde pour pouvoir y vivre sans ces menaces morbides auxquelles nous nous sommes étrangement accoutumés.

La peur est mauvaise conseillère. Elle met du déni sur ce qu’on ne veut pas voir. Elle accentue ce qui se joue dans le moment présent. Elle fausse le jugement et occulte la réalité profonde des choses. Du coup, nous risquons de somatiser par crainte d’un danger ponctuel sans pour autant nous préserver durablement des dangers permanents, durables et sournois que nous tolérons aux portes de notre santé. Il faut prendre du recul.

Levons la tête et regardons dans l’infini cosmique. La conjonction Jupiter Pluton nous envoie-t-elle un signe ? Ces deux planètes lentes portent une signature de démesure. Pluton symbolise l’inconnu, source des angoisses, auxquelles l’être humain est confronté seul avec sa conscience. La conjonction Jupiter Pluton évoquerait la sensibilisation des masses à des problématiques complexes. Cette rare conjonction, dont l’influence s’étale sur des mois, nous revient après s’être manifestée lors de la grippe espagnole en 1918 et de la peste noire en 1347. Et par trois fois dans un signe cardinal, ce qui semble exiger un changement radical et une rupture définitive. Le ciel suggèrerait-il à l’humanité de changer sa vision du monde, son système économique et son modèle social ? Je ne suis pas crédule et je ne vois dans l’astrologie qu’un outil symbolique puissant qui permet de nous poser de bonnes questions. Mais cette troublante synchronicité est, a minima, une opportunité de questionner ce que nous voulons vraiment.

Il est clair que nous avons à revoir nos priorités. Personnelles et collectives. Nous aurions tort, en sortie du confinement, de restaurer l’ordre ancien et de rétablir les causes profondes du glissement vers le chaos. Nous vivons un temps de pause imprévu. Il nous fait explorer ce qui se passe quand la vie de famille s’incarne dans le partage et l’attention mutuelle, expérimenter des formes de solidarité que nous croyions perdues, consommer autrement, cuisiner avec plaisir, découvrir les bienfaits de la contemplation et de la méditation. Et nous approprier les réseaux pour échanger des messages de soutien, des réflexions, des astuces, des recettes et autres fichiers drôles ou inspirés. Allons-nous revenir en arrière, abandonner cette qualité de vie au prétexte de restaurer la normalité ? Ou tout faire pour marier ces acquis avec la liberté de mouvement retrouvée ?

Bien sûr, il reste des incertitudes. Nous avons à gérer nos propres contradictions, nos envies paradoxales, nos besoins simultanés de sécurité et de liberté. Mais il nous faut vivre encore dans un monde perturbé et malade. Son processus vital pourrait être engagé si nous ne prenons pas en compte rapidement les symptômes tragiques qui l’accablent. Il n’y a pas de vaccin ni de médicament miracle contre la pollution, le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité. Ce que nous vivons nous-mêmes en tant qu’humains, à travers cette épidémie, nous donne les clés de compréhension et les pistes pour l’action. La planète mérite des soins intensifs. Et si c’était le dernier avertissement ?

Vincent Meyer
Publié le 6 avril 2020

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