Une vie de Jeanne

Ce roman passionnant aborde la dure question migratoire quand on veut fuir un conflit pour mettre son ou ses enfants à l’abri.


Très beau roman édité chez l’Harmattan. « Une vie de Jeanne » est une histoire douloureuse pour une enfant née pendant la guerre, la dernière pour nous. Mais ce pourrait être n’importe quel enfant qui naît aujourd’hui dans les conflits planétaires dont se délectent nos chaînes d’infos.

Ce roman passionnant aborde la dure question migratoire quand on veut fuir un conflit pour mettre son ou ses enfants à l’abri. Aucune frontière franchie, aucun accueil même bienveillant ne peut effacer la violence subie, les règlements de comptes entre nations mais aussi entre humains assoiffés de vengeances et de pouvoir. Le deuil est au coeur du roman, au plus profond de l’enfant. Ces deuils successifs ne s’effaceront jamais de sa mémoire et laisseront de profondes cicatrices.

C’est la course éperdue d’un père avec son enfant, encore un bébé, pour fuir l’Italie fasciste. Derrière eux, ils laissent leur pays, leur langue, mais aussi la mère de l’enfant. Certes, Ils trouveront dans la France occupée, quelques planches de salut pour un bonheur toujours éphémère et insécurisant. Une mère de substitution prendra l’enfant et son père en charge, le temps de souffler un peu. Sauf que, la guerre, encore elle, enlèvera cette mère juive de substitution et la fera disparaître dans les pinces du racisme et de l’absurdité.

Jeanne, la petite Italienne, dont le prénom changera au gré des accents régionaux, nous montre à quel point les petites planches de salut posées sur son chemin vont l’aider malgré tout à se construire autour d’un manque indicible d’amour et d’appartenance.

Une autre mère interviendra qui la prendra en charge. Mais cette mère, elle-même, victime de ce qu’on pourrait appeler « des dégâts collatéraux » d’une guerre, l’intolérance des hommes et de la société en général. Elle fut brisée, voire détruite de l’intérieur, par un amour de jeunesse avec un Allemand qui disparut un jour. Quelques années plus tard, elle assistera avec effroi au douloureux spectacle des femmes rasées, jetées en pâture à la folie des hommes.

La mère de substitution et l’enfant ne feront qu’Une car le père disparaît aussi tandis qu’un autre le remplace. Une suite de deuils et d’incompréhension qui brûlera l’esprit de ces deux femmes jusqu’à la folie et la mort.

La grande question se pose alors de l’avenir des humains, toujours plus nombreux, jetés sur les routes de l’exode pour fuir éperdument les conflits guerriers engendrés par les industriels d’État toujours récompensés, jamais punis.

CB

UNE VIE DE JEANNE
Jean-Louis GODET aux Éd. L’Harmattan

Article publié dans Le Crestois du 10 septembre 2021

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