Enfant de salaud

Pendant que se déroule le procès de Klaus Barbie, un fils découvre enfin l'histoire vraie de son père mythomane.

Un roman qui raconte, non pas un fait de la vie, mais deux. L’un, personnel, qui tend à démontrer la vérité sur un « soi-disant salaud » qui aurait trahi la France et l’autre, relatant les saloperies, les cruautés causées en période de guerre par un bourreau national voire international nommé Barbie.

Les deux affaires ont vraiment de sinistres points similaires liés par l’événementiel de la guerre. Cela donne l’impression que l’auteur était, pendant ce procès, en manque, en constante recherche d’éléments déterminants pour constituer un dossier personnel, et mieux exprimer la mythomanie de son sujet ( son père).

Il avait été désigné comme reporter de ce procès au profit du Canard Enchaîné. Dans ce procès, il n’a pas vraiment trouvé la clarté recherchée. L’aide d’Alain, le fouineur des archives du Parquet de Loos, lui a presque apporté les réponses.

Bref, il avait désormais quelque chose à mettre dans son cartable, désertions, condamnations, mensonges etc. de quoi échafauder la vie de son père de 1936 à 1945, afin de mieux l’interroger, voire le renier, mais surtout pas le disculper.

La haine était trop présente dans le camp familial. Depuis sa tendre enfance, le père n’avait pas laissé de repères… de ligne de conduite pour guider les pas de son rejeton. Sans son grand-père - l’homme au costume trois pièces qui n’a jamais supporté les agissements pseudo militaires fascistes de son fils- l’auteur ne serait sans doute jamais devenu le grand journaliste du Canard Enchaîné et de bien d’autres avec à la clé des titres honorifiques hautement reconnus. Ce grand-père disparu trop tôt, aurait-il pu assouvir le désir du petit-fils, lui apprendre autrement la vie insaisissable et turbulente de son père ?

Le procès Barbie était en phase finale et paradoxalement celle du soi-disant salaud, aussi.

Le journaliste avait les mains libres et devait en profiter pour exercer, sur ce mythomane de père, une pression sans relâche et probablement insupportable qui devait, selon ses espérances, aboutir à un aveu. Lequel, pas de crime connu, mais sur le comportement varié et mensonger que l’intéressé soutenait avec force depuis des années, il y avait désormais des preuves écrites répertoriées.

Vieillissant, ce mythomane n’avait sans doute plus l’énergie nécessaire pour se rebiffer.

Sous le regard de son fils, l’interrogation toujours présente, il se réfugie dans son antre préféré des bords de Saône, les pieds dans l’eau comme pour méditer et accepter les questions pesantes qui alourdissent son état et l’entraînent à chacune d’elles un peu plus dans les profondeurs de la rivière.

A cette machination sordide, il finit par sombrer, laissant, sans avouer, sans retenue, sa dernière bulle d’air s’éclater à la surface de l’eau. Peut-être contenait-elle un dernier message : je te hais, moi aussi bonhomme ! Les nymphes aquatiques n’ont pas traduit.

Nul doute que l’horrible procès de Barbie a servi de ligne de conduite pour élucider, rappeler, le trajet rocambolesque du père accusé d’avoir porté préjudice à la Nation. Mais le fils en sort-il soulagé ?

Bernard Dauvier

ENFANT DE SALAUD de Sorj CHALANDON
Sélection de l'Académie Goncourt 2021

Article publié dans Le Crestois du 24 décembre 2021

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