La vie d'un Chabrillanais à travers la guerre

Noëlle Rolland retrace dans un livre la vie de son père, Chabrillanais fait prisonnier à Troyes avant d'entrer dans la Résistance drômoise.

L’enfer de la guerre, la privation et la détention, puis l’évasion, la Résistance et la Libération, ici, à Chabrillan. « Une petite histoire dans la grande », comme qualifie elle-même Noëlle Rolland le parcours de son père Albert, qu’elle retrace dans un livre paru au mois d’août 2022, L’évadé des Hauts-Clos.

Né en 1920, ce Chabrillanais sera fait prisonnier à Troyes pendant la seconde guerre avant qu’il ne s’évade pour prendre le maquis drômois. « Mon père parlait très très peu de la guerre », confie Nöelle Rolland. Jusqu’à un beau jour de 1984 où Albert se livre à ses petits-enfants qui le questionnent sur cette période. Des mémoires alors enregistrés sur cassette. « Sa langue s’est déliée un peu, mais il n’en a jamais parlé à ses enfants », continue l’autrice, dans sa maison secondaire chabrillanaise.

Noëlle Rolland, ancienne secrétaire médicale installée à Annemasse en Haute- Savoie, ne retrouvera ce document, « des bribes de conversation », que bien plus tard, en 2018. « J’ai été très émue en l’écoutant, je me suis vite mis devant mon ordinateur avec beaucoup d’émotion et j’ai retranscrit ces propos tels que je les entendais, explique-t-elle. J’en ai parlé à ma soeur, tout cela m’a donné envie de faire des recherches généalogiques et de retracer la vie de notre famille. »

Après deux premiers livres autoédités, déjà sur l’angle de l’histoire familiale, elle se lance donc dans la rédaction de L’évadé des Hauts-Clos. Le résultat, en un peu plus de 100 pages, ressemble à un roman autobiographique. De la jeunesse d’Albert à la fin de la guerre, elle détaille par le menu le parcours macabre puis libérateur de son père.

FRONTSALAG 124

Apprenti maçon à Crest avant la guerre, il est mobilisé en mai 1940 le long de la Ligne Weygand, près du Chemin des Dames sur le secteur de l’Ailette (Aisne), pour contenir la percée des troupes allemandes. Il connaît alors la défaite, l’horreur macabre de la guerre et se replie avec sa division en se mêlant aux malheureux, au cortège de milliers de civils qui fuient vers le sud. Las, il est finalement arrêté sur le chemin après avoir marché 250 kilomètres pour être fait prisonnier dans un ancien hôpital, les Hauts-Clos, devenu au début de l’occupation un camp de détention : le Frontstalag 124.

Le bâtiment a aujourd’hui retrouvé sa vocation première puisqu’il abrite l’hôpital Simone Veil. Environ 200 000 hommes y sont passés au début de la guerre, en attente d’un transfert en Allemagne. Les conditions de détention y sont alors inhumaines, la dysenterie fait des ravages, mais Albert Rolland parviendra à s’en échapper pour rejoindre la zone libre à la fin de l’année 1940, grâce à la complicité d’une jeune femme du cru.

MAÇON LE JOUR, RÉSISTANT LA NUIT

De retour sur ses terres drômoises, il vit un temps dans la clandestinité et rencontre sa future femme Fernande, surnommée « Nanan », avec qui il partagera soixante-cinq ans de vie commune. C’est à ce moment-là aussi que, maçon la journée, il s’engage dans la Résistance à l’occupant en devenant agent de liaison. Sa mission consiste à faire passer des messages, cachés dans sa bouche, entre Bourdeaux, où se trouve le chef du réseau, et Crest, où l’attend dans un bistrot un contact lyonnais. Le tout... à vélo !

Puis viendra la Libération, non sans heurts, et la construction d’une famille avant un départ vers la prospère Haute-Savoie comme ouvrier spécialisé.

Décédé en 2006, il est enterré aux côtés de Fernande, « à l’ombre silencieuse de l’église Saint- Pierre » comme l’écrit sa fille, à Chabrillan. Selon ses dernières volontés, l’argent récolté lors de la quête de son enterrement a permis d’inaugurer en 2008 un autel de style roman grâce au concours de l’association Les amis de Chabrillan.

Cet ouvrage se lit d’une traite et alterne les récits issus d’une recherche documentaire historique, des propos d’Albert Rolland plus largement réinterprétés par sa fille et de son séjour champenois en 2020. En effet, Noëlle Rolland a retracé le chemin de croix de son père jusqu’à l’ancien camp de détention avec l’aide d’un guide féru d’histoire local. Le tout est une piqûre de rappel sur ces heures sombres de la France et une fenêtre sur la vie locale de l’époque.

L’évadé des Hauts-Clos est disponible sur des sites web de vente en ligne, mais surtout à la librairie crestoise la Balançoire ainsi qu’à la Maison de la presse. Un dépôtvente pourrait être mis en place prochainement à la Fnac d’Aouste-sur-Sye.

Enfin, une soirée dédicace avec Noëlle Rolland est prévue vendredi 21 octobre au Cafébibliothèque de Chabrillan, en partenariat avec les Amis de Chabrillan.

Clément Chassot

Article publié dans Le Crestois du 23 septembre 2022

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