Histoire naturelle : On vit jadis des «loups-cerviers» dans le Diois
Observation, interprétation et légende… La « question du loup-cervier », ancienne appellation du lynx
Le 4 juin dernier, Le Crestois vous racontait comment le lynx s’approchait discrètement des forêts de la Drôme, en particulier dans le Vercors et le Diois. Dans le cadre de cette enquête, nous avions sollicité Christian Rey, historien local qui, avec l’association Dia Augusta, a consacré des recherches aux loups et aux ours dans le Diois. Il nous propose cette semaine un étonnant éclairage sur l’histoire du lynx dans nos massifs…
Un mystérieux nom circule dans les archives : celui de « loup-cervier ». Derrière cette expression, souvent rapprochée de « canis lupus lupus » (le loup gris), se cache en réalité une énigme de vocabulaire et de croyances anciennes. De quoi cette appellation rapprochant un félin et un loup est-elle née ? Les textes du XIXᵉ siècle ne suffisent pas à y répondre, mais la consultation des auteurs des siècles précédents apporte un éclairage, tout en révélant combien la science d’alors pouvait mêler observation, interprétation et légende.
Dans son monumental ouvrage Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy, Buffon propose une première explication. Selon lui, le loup-cervier ne serait pas un loup au sens strict, mais un animal dont le hurlement, « se faisant entendre de loin », aurait trompé les chasseurs. Ceux-ci auraient d’abord cru entendre un loup, puis, pour distinguer la bête du « vrai loup », auraient ajouté l’épithète « cervier ». La raison tiendrait aux attaques contre les cerfs – ou, plus encore, à l’apparence de la peau, « parsemée de taches à peu près comme celles des jeunes cerfs ». Buffon décrit également la chasse de l’animal, associant la prédation à un scénario saisissant : il « attend les cerfs, les chevreuils, les lièvres au passage » et les attaque, les saisissant « à la gorge »…
Article publié dans Le Crestois du vendredi 7 août 2026
