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Laurent Junique, coiffeur et photographe de talent

Laurent Junique se lance dans sa passion pour la photographie alors qu’il coiffe à longueur de journée.

La Halle au Blé, une place intimement cachée dans Crest, une grande vitrine de coiffeur et, derrière les bacs de lavages, Laurent Junique pratique son métier avec le talent qu’on lui connaît. De grandes photos décorent les murs et les espaces dédiés à la clientèle ; en bas de la photo, la signature stoppe le regard « Laurent Junique, photographe ». C’est ainsi qu’il démarre une discussion et accompagne le client ou le simple visiteur vers son atelier dont l’entrée est située rue de l’Hôtel de Ville.

Lui, il passe par les couloirs tordus des vieilles maisons qui communiquent par des escaliers et des cours intérieures. Il ouvre une grosse porte d’un autre temps pour accueillir les modèles ou les visiteurs. Et comme à chaque fois qu’une porte s’ouvre dans ces vieilles rues moyen-âgeuses, la surprise est au rendezvous. Au fond du couloir, une autre porte, quelques marches, une terrasse sur les toits de la ville et… il faut encore atteindre une autre porte pour pénétrer dans un tout autre univers.

Au passage, intrigué par le chemin à faire, le regard n’a que le temps de se poser sur une face avant de 2CV ou quelques objets d’un autre temps attendant sagement leur heure de gloire sur la terrasse pavée. Puis, la Halle au Blé est là, dans son jus, presque au lendemain du départ de tous ceux qui y ont passé leur vie !

Les murs, les escaliers, le plafond… ont été nettoyés, mais pas un coup de peinture, pas un espace modernisé et plus de cheminée pour réchauffer l’ambiance. les murs sont marqués par les siècles. On devine parfois un morceau coloré, ici un lambeau décroché du mur et ces quelques pierres qui restent encore marquées de la noirceur d’antan. Mais nul besoin d’artifices pour l’oeil du photographe ! L’espace offre une invitation à la promenade à travers des mannequins des années 70’, certains désarticulés, une DS de 1975 qui se retrouve transformée en canapé géant, des sièges orange de cinéma, et, au sol, un chemin de feuilles mortes tel un tapis rouge qui valorise le passage… ça bouscule, ça percute et ça demande un temps de réflexion !

Photo Laurent Junique 1
Photo : © Laurent Junique

Pour un peu, l’oeil ne voit même pas l’appareil photo posé au centre de la scénographie organisée… désorganisée ! Il trône sur son pied, attend de s’activer face à l’objectif à atteindre : sublimer ce couple d’amoureux qui vient de faire 1 253 km de vélo, enlacés sur le canapé, ces mariés depuis 50 ans qui immortalisent cet instant pour en garder un souvenir original ou cette nouvelle coiffure née sous les doigts du coiffeur. Il travaille sa photo, lui donne des reflets surprenants, des ombres et des lumières, des sombres et des clairs… Il s’amuse !

Le photographe n’en est pas arrivé là subitement. Laurent Junique a toujours aimé la photo ; il a commencé par prendre des clichés des coiffures qu’il réalise pour diffuser dans les vitrines de la profession dans les années 85. De grandes affiches qui mettaient en valeur un mouvement de la frange, la nouvelle mode du brushing des années 70 aux nouvelles coupes plus modernes. Il suit l’évolution des tendances et des nouvelles envies après les années folles qui ouvrent la porte à toutes les libertés. Puis, il a envie de changer, de bousculer et invente son studio de photos.

Depuis un an, son travail de coiffeur est chahuté par la crise sanitaire ; il a le temps de se retrouver dans cette grande pièce oubliée par l’histoire. Il trouve des mannequins, les peint en bleu ou en orange, les coupe, parfois les pend au plafond ou les perche sur l’escalier en bois rustique. Ses idées lui viennent parfois le matin en se levant... la nuit porte conseil, ou en restant un moment posé dans ce studio peu ordinaire et cocasse. « Puis une idée en amène un autre et, quand j’ai presque fini une chose, une nouvelle idée arrive » plaisante cet insatiable créateur de décors. Il essaie de trouver le bon décor adapté à la demande, des anniversaires de mariages « pour les quinqua et plus, le décor est adapté et fait ressurgir des souvenirs de jeunesse ! » sourit-il encore une fois.

Corinne Lodier

Un livre de photos : “Il me dit”

En novembre 2020, le coiffeur-photographe se lance dans la création d’un livre de photographies. « C’est un hommage à mon père décédé lors d’un accident de la route en 1975 » explique, encore plein d’émotion, Laurent.

« Il me dit », le titre de cet album à feuilleter pour s’arrêter sur une page ou l’autre, découvrir le monde secret et intime du coiffeur, de l’enfant qui se souvient des derniers pas de son père, de son premier vélo… Il dévoile une part de lui-même, la découverte de la coiffure puis l’arrivée du premier appareil photo, la naissance de la passion et de la création. Ses rencontres amicales, sa muse et son monde. Une belle découverte d’un monde imaginaire qui invite à sortir des sentiers battus. Le photographe se joue du cliché, il s’amuse à le transformer, parfois le filtrer ou le mettre en lumière.

De belles photos illuminées de l’oeil intime et imaginatif de Laurent, à regarder, à poser ici et à reprendre pour profiter encore et encore des prises de vue sous l’oeil de l’artiste.

Le livre a été édité par l’imprimerie Le Crestois, il est en vente au prix de 38€ à la Balançoire, à La maison de la presse à Crest et au salon, place de la Halle au blé.

Article publié dans Le Crestois du 24 décembre 2021

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