Pour un usage de l’eau de pluie et des eaux usées à grande échelle
Tribune du 28 août 2026 de Sylvie Sacilotto.
– On commencerait plutôt par la douche, chérie ? Avec ce que nos amis ont enduré, ils rêvent sans doute de se décrasser.
– Venez par ici pour vous laver les mains.
Et là, nos amis Godefroy et Jacquouille entrent dans les toilettes, s’assoient au pied du WC et s’aspergent le visage d’eau.
– Viens voir !
– Mon cousin, qu’est-ce que vous faites ?
– Ils pataugent sur la cuvette des chiottes !
Beaucoup se rappelleront cette scène culte du film Les Visiteurs. Les deux compères n’avaient pas tort puisque l’eau des toilettes est propre et potable.
En cette période de canicules qui se succèdent, on (l’État) nous demande d’économiser l’eau. Il serait tellement logique de commencer par ne plus utiliser d’eau potable dans nos toilettes et d’avoir recours à de l’eau « alternative » dite aussi « non conventionnelle » pour la chasse d’eau des toilettes, le lavage du linge et l’arrosage du jardin, comme cela se pratique en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ces deux pays encouragent en effet fortement la substitution de l’eau potable par de l’eau de pluie ou des eaux grises pour les usages ne nécessitant pas une qualité potable, sous réserve de déclarations sanitaires strictes auprès des autorités locales.
Et en France ? La France s’est dotée en mars 2023 d’un plan pour une gestion résiliente et concertée de l’eau. Une mesure prévoit de lever les freins réglementaires, dans le respect de la protection de la santé des populations et des écosystèmes. Ainsi, l’arrêté du 21 août 2008 relatif à la récupération des eaux de pluie et à leur usage à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments a été abrogé en 2024. Il prévoit que certains systèmes d’utilisation d’eaux impropres à la consommation humaine pour des usages domestiques soient déclarés par leur propriétaire auprès du préfet de leur département. Des risques peuvent en effet survenir en cas de mauvaise conception ou en cas de mauvais entretien des systèmes d’utilisation.
D’où la nécessité de former des installateurs agréés, mais aussi de développer le stockage individuel ou collectif des eaux pluviales à grande échelle grâce, par exemple, à la construction de cuves enterrées dès la conception des habitations et des bâtiments (là encore, l’Allemagne figure parmi les leaders européens en matière de récupération des eaux de pluie, avec des incitations financières locales et une taxe sur les eaux pluviales calculée selon la surface imperméable des propriétés).
Sylvie Sacilotto
Tribune publiée dans Le Crestois du 28 août 2026
