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Réflexion sur la notion de pouvoir d’achat

Tribune du 5 août d’Irène Libert

Ne sommes nous donc réduits à n’être que des consommateurs ? On entend partout parler de pouvoir d'achat et ce concept fait même l'objet d'un projet de loi. Ce fameux pouvoir d'achat devrait être susceptible de nous donner accès à des conditions de vie digne ; cependant je mesure le risque de continuer à nous enfermer dans une société capitaliste avec pour horizon la consommation seule capable de subvenir à nos besoins. Nous sommes en quelque sorte colonisés par cette notion de pouvoir d'achat, nous avons perdu conscience de notre capacité à satisfaire nos besoins sans consommer.

Qui disait plus de liens, moins de biens? Pourquoi ne pas défendre la recherche de l'autonomie, voire de l'autosubsistance, et de réaliser notre aliénation à cette société capitaliste destructrice? Pierre Rabhi parlait de sobriété heureuse, Yvan Ilitch parlait d'austérité joyeuse, peut-être serait-il temps de revoir notre logiciel pour remplacer autant que faire se peut l'acte d'achat par celui d'échange, de dons, de gratuité et de donner la préférence aux liens plutôt qu'aux biens.

Peut-être serait-il bien de s'intéresser aux causes de l'inflation, à cette perte de pouvoir d'achat et d'y apporter des réponses différentes de celles concoctées par le gouvernement sous forme de primes, de miettes pour les plus précaires pour leur maintenir la tête au-dessus de l'eau et pour museler la grogne sociale.. Du pain et des jeux disaient déjà les empereurs romains. Le temps est sans doute venu de nous interroger sur tous les besoins artificiels qui nourrissent notre quotidien, de notre servitude à obéir aux injonctions à consommer induite par la publicité, les propositions de crédits, etc.

À la place de pouvoir d'achat, ne faudrait-il pas parler de pouvoir de vivre et de nous interroger sur l'utilité des biens que l'on achète? Il serait grand temps de sortir un certain nombre de biens et de services de la logique consumériste ; on le fait déjà en ce qui concerne l'éducation et la santé, pourquoi pas pour l'accès au logement, l'accès à l'eau et pour les besoins fondamentaux? On devrait garantir des droits inconditionnels qui sortiraient du secteur marchand. La France, sixième puissance internationale, en aurait les moyens mais cela supposerait une répartition des richesses à l'opposé de ce que l'on constate à l'heure actuelle.

Irène Libert

Tribune parue dans le Crestois du 5 août 2022

 

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