Didier Esposito, écrivain officier de police judiciaire

Habitant de la vallée de la Drôme, ce policier passé par les stups de Saint-Étienne livre un polar sur le monde de l’héroïne.

L’officier de police judiciaire s’est lancé le challenge intellectuel d’écrire en s’inspirant de son vécu. Son premier livre, Improbables destinées (2007, Publibook), a rencontré un franc succès. Encouragé par l’accueil des lecteurs, il a sorti un nouveau roman fin 2021 : Une héroïne stupéfiante (Éd. du Caïman).

Didier Esposito habite la vallée de la Drôme. Il est professionnel depuis 22 ans dans la police en Drôme Ardèche. Il travaille au service investigation, dans les homicides. « Le plus souvent, lorsque l’auteur des faits n’est pas connu. Ce sont des enquêtes au long cours, avec peu d’éléments. C’est comme une pelote de laine qui se déroule petit à petit. Sans compter que, sur certains dossiers, nous connaissons l’auteur et sommes sûrs à 100 %, mais nous n’avons pas assez de preuves pour l’inculper », précise-t-il.

Calme, posé et réfléchi, il ne dévoile rien de son travail en brigade, si ce n’est quelques éléments généraux d’enquête. On apprend plus facilement les dessous de son travail en ouvrant ses livres. L’ambiance en brigade, les collègues qui arrivent avec leur caractère, leur mode de vie, et leur humeur, sont bien tracés dès les premières pages d’Une héroïne stupéfiante. Il ne manque plus que l’image pour donner vie à ces enquêteurs de l’ombre: la description des bureaux est presque matérialisée, on imagine la fenêtre ouverte… ou pas, la lumière qui pénètre et les bureaux où s’empilent les dossiers. Les appels au procureur, les habitudes de chacun autour du café… la vie d’une brigade qui côtoie une société en danger, une société à la dérive. Chaque mot est pesé, précis et le lecteur devient l’oeil que personne ne voit dans une brigade en ébullition.

VERBE AGILE

Lorsqu’un beau jour, il se pose la question : « Pourquoi ne pas écrire ce que je vois au quotidien? » Il travaille en brigade de nuit. Quatre nuits de travail, deux de repos, ce qui lui laisse le temps de poser quelques lignes, de noter ses journées… Le temps, ce temps qui passe entre la misère des vies qu’il démêle et le témoignage qu’il laisse sur les pages qu’il remplit.

Son premier livre, Improbables destinées sort en 2007, alors qu’il est, à ce moment-là, Officier de police judiciaire (OPJ) à Valence. Il change ensuite de service et travaille à la brigade des stups, à Saint-Étienne où il est chef de service. Là, il observe au plus près les ravages de l’héroïne. Il se penche sur le parcours de vie des toxicos qui se retrouvent victimes de ce dangereux opiacé. « Ils sont souvent en recherche d’une vie meilleure et trouvent dans la drogue le bien-être qui leur manque, raconte le policier. Lorsqu’ils cherchent leur première dose, il la trouve très vite et elle est toujours gratuite! Et si la prise est bien dosée, ils tombent dans l’addiction dès la première fois, les dealers savent y faire. C’est une vraie dégringolade… »

BASCULER SUR LE TERRAIN DE L’ENQUÊTE

Dans son dernier roman, Une héroïne stupéfiante, le lecteur est directement plongé dans la mort, celle d’un toxicomane. Et tout de suite, il se sent emporté dans la vie de ce milieu grâce au réseau qui s’affole autour de cette disparition: la journée passée à chercher la dose, un drame, tout un monde parallèle que l’auteur fait découvrir mot par mot, page par page. C’est ainsi que l’on comprend le parcours de l’écrivain qui tient à donner une place aux toxicomanes: « Je voulais traiter ces personnes avec humanité, ils sont victimes de leur parcours de vie », précise-t-il. Puis, petit à petit, sur fond d’enquête policière, le quotidien des toxicomanes, la quête de la dose, la misère sociale… au bénéfice de l’enrichissement de certains qui n’ont aucun sentiment pour leurs victimes. Tout un monde parallèle qui pousse à aller plus loin, à en savoir plus, encore et encore.

La brigade des stups doit aller vite, très vite. La mort rode, le milieu des dealers se déchire et se déstructure. «Mais les paperasses, la lourdeur administrative ralentissent les progressions. C’est parfois une catastrophe », souligne l’auteur. Surtout que, dans ce milieu mafieux, du caïd au consommateur, ce sont parfois quatre à cinq étages d’intermédiaires qu’il faut démanteler. « Et pendant une enquête, c’est souvent un autre trafic qui arrive, ça n’arrête jamais. Les réseaux n’ont pas de règles! », raconte Didier Esposito.

Au final, l’écrivain policier nous transporte dans l’univers souvent inconnu du commun des mortels, de l’investigation policière. Le polar à l’état pur, influencé par la vraie vie. Pas de romance, pas besoin d’imaginer un autre contexte, Didier Esposito n’a qu’à se souvenir des faits et changer les noms. Mais les personnages ont vraiment existé !

Une héroïne stupéfiante lui a donné du travail pendant quelques années. Le livre est sorti en décembre 2021. Il est en vente à la Balançoire à Crest, et sur internet.

Corinne Lodier

Un autre livre en préparation

Didier Esposito travaille déjà à un troisième livre. « L’intrigue se déroulera dans la vallée de la Drôme, du Vercors jusqu’à Valence », annonce l’auteur. L’écrivain OPJ s’est inspiré, encore une fois, de ce qui lui arrive dans son métier : « Je démarre avec une image sortie de son contexte, l’emballement qu’elle suscite. Un policier tire sur quelqu’un, mais on ne voit que le tir du policier. Ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il tire en légitime défense face à un violeur en série... Je veux montrer la différence de traitement entre l’image que tout le monde a vu qui devient très forte et la parole du policier. »

L’auteur va ensuite mener le lecteur dans la traque et l’enquête. Il explique la genèse de ce polar : « Je me suis fié à une histoire que j’ai vécue. Alors que j’étais en brigade de nuit, j’ai balayé [comprenez menotté] une personne alcoolisée. Pour moi l’affaire était réglée. Je suis, plus tard, convoqué par l’IGPN [les boeuf-carottes pour faire référence au plat mijoté !] car la personne que j’avais arrêtée a porté plainte : je lui aurais cassé des côtes ! Il s’est avéré que les radios qu’il a montrées étaient fausses et leur date trafiquée. Ça va vite très loin, mais l’enquête a montré que j’étais hors du coup. » Un tiers de son histoire est déjà prête et Didier Esposito prévoit la sortie du livre en 2023.

Son premier ouvrage, sorti en 2007, Improbables destinées mêlent quatre vies que rien ne pouvait rassembler : deux jeunes fêtards à Grenoble et deux jeunes serveuses dans un lugubre restaurant à Kiev se retrouvent mêler à une affaire de meurtre, de mafia, de traite des blanches. Des vies chamboulées par une aventure peu ordinaire.

Article publié dans Le Crestois du 15 avril 2022

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