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Sinsémilia fête ses trente ans

Le groupe d’ados grenoblois passionnés de reggae a fait du chemin depuis trente ans et repartirait bien pour autant d’années d’aventures...

C’est Mike D’Inca, le chanteur du groupe Sinsémilia, réfugié dans la Gervanne, qui nous en parle le mieux alors que les premiers rayons de soleil printanier annoncent l’anniversaire du groupe en juin. « Ces ados rêvaient de faire un concert un jour. Ils en ont fait plus de mille ! », confie-til dans le livre qui nous fait voyager avec le célèbre groupe de ska et reggae français, Souvenirs d’un Sinsemilia.

Mike est un homme simple, au tempérament calme et serein. Sa coupe de cheveux, chauve avec une longue tresse sur la nuque, le différentie des habituels barbus de notre époque. C’est son look, sa dégaine et son bien être, bien loin de ses dreadlocks des années 1990.

Pour les trente ans de "Sinsé", Mike a bien voulu sortir de son havre de paix pour raconter son histoire et surtout celle de ses copains partis pour s’amuser.

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Le Crestois : La première question qui me vient à l’esprit est double. Quelle est l’origine du groupe et celle de son nom ?

Mike : J’étais moi-même en admiration devant Bob Marley. D’ailleurs, à l’école, je ne travaillais pas le jour de son anniversaire, le 11 mai. Je disais à mes profs : « Vous, monsieur, à Noël vous fêtez la naissance de Jésus et c’est férié, à Pâques vous célébrez sa mort et c’est férié, et bien moi le 11 mai, je rends hommage à mon prophète ». Pour parfaire mon adoration, je suis parti en pèlerinage sur la tombe de Bob en 2017.

Le noyau de Sinsemilia est, à cette période, la petite bande du parc, Natty, Roukin, Riké, Jeff, Neveu et moi, tous passionnés de reggae. On a quinze-seize ans et on se retrouve dans ce petit parc de quartier dès qu’on peut pour se faire écouter de nouveaux albums. C’est aussi la période des premiers accords de guitare. De notes en cordes, nous avons agrandi le groupe et avons choisi ce nom pour une identification un peu provoc ! La sinsemilia est une espèce de cannabis, interdite en France et c’est le nom qui est donné au cannabis en Jamaïque.

L.C : Comment la grande histoire de Sinsé a-t-elle commencé ?

M. : Nous avons donné notre premier concert le 21 juin 1991, pour la fête de la musique à Grenoble ; j’avais 19 ans ! Je ne vous dis pas le trac que nous avions. Nous avons été installés sur un trottoir, dans un recoin, dos à un sex-shop ! Au départ, notre allure a refroidi les passants. Puis, petit à petit, le groupe posé là, avec un reggae mythique, au beau milieu du rock qui faisait fureur à l’époque, a attiré de plus en plus de monde.

Depuis trente ans et après plus de mille concerts, nous n’oublions jamais de fêter cette date. Ensuite, il a fallu trouver des dates de concerts et, déjà, c’est moi qui m’y colle. Mais dans les années 1990, pas d’internet, pas de portable, pas de mail. Alors, je passe de bar en salle et fais la promotion de notre petit groupe sans prétention, à l’affût de toute opportunité.

Il faut savoir qu’à cette époque, nous avions tous, soit les études, soit le travail dans la journée ! Il fallait que l’on ait un taf, alors à qui voulait être imprimeur, chaudronnier… surtout des boulots manuels. Mais personne n’imaginait le chemin parcouru en trente ans. Depuis notre première année, nous sommes encore sept sur le groupe de douze de nos débuts.

Nous avons ensuite auto-produit un album en 1 000 exemplaires que nous comptions écouler sur deux ans. Ils ont tous été vendus en trois semaines !

L.C : Vous souvenez-vous de votre première grande salle ?

M. : Oui, bien sûr. c’était au Summum à Grenoble le 23 mars 1996. Nous voulions tenter le coup. Nous avons placardé des affiches partout et largement autour de la ville car le directeur de la salle nous prenait pour des fous. Il ne nous sentait pas capables de faire venir 3 000 personnes. Et nous avons fait salle comble ! Nous avons tous senti qu’il se passait quelque chose et nous avons foncé.

Là, je me suis dit : « Tu as vingt-trois ans et tu viens de vivre la plus belle journée de ta vie ». Plus de vingt ans plus tard, seule la naissance de mes enfants a pu égaler cette journée…

L.C : La chanson va au-delà de la simple histoire, il y a un véritable engagement ?

M. : Nous avons participé à des actions humanitaires pour nous inscrire dans une envie de faire bouger les choses. Nous avons remis un chèque de 6 000 francs à Terre des Hommes après un concert que j’avais organisé en 1993... et qui m’a donné le goût de l’organisation…

Depuis ce concert, les textes parlent d’eux-mêmes "Antifacho dub" ou "Fight here". C’était encore en anglais. Puis j’ai commencé à écrire en français pour le deuxième album. C’était plus compréhensible et nouveau car il n’y a pas de repère reggae en français. Je soigne les textes.

Un jour, un chanteur de reggae grenoblois, talentueux mais trop porté sur le rhum pour faire carrière, avait dit de nous que nous n’avions que "Le Pen" et la "weed" comme source d’inspiration. Pourtant, quand on regarde de près, seules deux de nos chansons parlent de la ganja et autant des abrutis du Front National. Mais c’est vrai que tout au long de notre parcours, on a exprimé notre rejet des idées d’extrême droite et nos craintes face à la propagation de celles-ci.

L.C : Qui n’a pas entendu "Tout le bonheur du monde" ? Aujourd’hui, nous avons une suite, "Je te souhaitais", c’est une belle histoire ?

M. : Ah oui ! Nous avons à ce jour cumulé dix disques d’or, cinq Olympia, des Zéniths et des salles en France et ailleurs. Mais l’histoire de Tout le bonheur du monde (tlbdm) est particulière. Je l’ai écrite pour dire à ma fille aînée tout ce qu’elle apportait dans ma vie et ce que je lui souhaitais alors qu’elle était toute petite. Ce texte a fait un carton et les gens se le sont appropriés car tous les parents ont vécu la même histoire, ou presque. Les filles apprenaient la chanson à l’école… Évidemment, elles riaient beaucoup !

Un jour, en concert, je chante tlbdm et je vois ma fille les larmes aux yeux, émue. Elle m’explique : « Maintenant je suis partie de la maison et je vois tout ce que tu voulais pour moi. Je le vis. » J’ai été très touché et sous ma plume est sorti "Je te souhaitais", ce sont mes pensées d’aujourd’hui…

L.C : Je crois que c’est à la période de TLBDM que vous quittez Grenoble pour la Drôme. Que se passe-t-il ?

M. : Je tombe dans une fatigue extrême, voire dépressive. Je ne peux plus bouger dans Grenoble sans me faire accoster, en bien ou en mal. Je ne peux plus sortir avec ma femme car elle ne profite pas de ces moments. C’est la chute libre. Je veux me reconstruire dans la Drôme, pas trop loin de Grenoble.

J’atterris en Gervanne par hasard. Tout le monde croyait que je ne resterais pas. C’était il y a quinze ans… et j’y suis tellement bien ! Ici, je coupe avec l’agitation et je retourne à Grenoble facilement. Je me suis ressourcé et c’est un vrai besoin de pouvoir faire les allers-retours régulièrement.

L.C : Un confinement en campagne, puis deux… Comment le groupe vit-il cette situation ?

M : Nous avons bossé comme des fous et avons préparé le triple album pour les 30 ans, avec 30 chansons. J’ai travaillé à distance avec Riké, j’ai écrit les textes, il a écrit les musiques. En parallèle, nous avons fait des cafés en direct sur Facebook avec un public fidèle qui s’est élargi doucement. Nous avons apporté ce que nous pouvions et c’était super sympa d’échanger en direct avec les gens.

Depuis nous avons fait de petites apparitions avec Riké, dans l’intimité d’une petite fête, d’une famille… De belles rencontres et le plaisir de partager en petite jauge.

Au bout du confinement, l’album était prêt, il est sorti le 23 avril. On le trouve de partout ! Le retour aux concerts est très attendu. En 2020, nous n’avons rien fait et annulé une quarantaine de dates. Nous avons une nouvelle tournée en 2021 mais on espère pouvoir l’entamer en mai…

L.C : En regardant dans le rétro, quels sont les projets ?

M. : Alors déjà un Sinsé n’a pas le droit d’avoir des regrets et d’ailleurs nous n’en n’avons pas beaucoup. Nous avons eu trente ans formidables et très inattendus. Alors, nous repartons pour trente ans ; on verra bien, mais moi je ne dis plus rien car notre vie n’a jamais été programmée ainsi. On appelle peut-être ça le Karma.

Propos recueillis par Corinne Lodier

Entretien publié dans Le Crestois du 7 mai 2021

LE LIVRE :

Retrouvez l’histoire du groupe dans le livre de Mike : Souvenirs d’un Sinsemilia ou sur le site www.sinsemilia.com

LE DISQUE :
 

L'album "Sinsemilia 30 ans" est disponible en vinyle et CD. Une compilation des meilleurs morceaux du groupe.

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